Ernani de Bellini

Ernani de Bellini

handelmania’s Podcast.

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Bel canto et virtuosité vocale dans l’histoire du chant

 

Giacomo Puccini
Image via Wikipedia

Giulio Caccini introduit des oeuvres mettant en évidence la virtuosité vocale des chanteurs et le terme bel canto est le nouveau terme utilisé en l’an 1600. L’entraîement vocal était centralisé sur une seul régistre. Plus tard, les italiens se divisèrent eux-mêmes en deux camps, le premier soutenant qu’il y avait deux régistres, l’autre qu’il y en avait trois.

Le légendaire ténor Gilbert-Louis Duprez a été crédité comme étant le premier chanteur au monde qui émetta le premier contre-ut de poitrine. C’était en 1837. Rossini détestait cette technique, disant: «Pare l’urlo di un cappone al quale si strozza la gola». (On croirait entendre le coauc d’un capon que l’on vient de couper le cou». On ne sait si cela est vrai. On ne sait également pas s’il émettait avec la note dela poitrine à la Di Stefano? On sait cependant que Rossini préférait les castrats pour étirer la ligne de chant, disparus hélas dès cette époque.

Après Duprez, il y eu Alexis de Garaudé. Il cite dans son ouvrage intitulé «Méthode complète du chant» paru en 1830: «In the tenor voice, the head tones regularly employed have an infinite charm. One must attack them with strength and purity, and must unite them imperceptibly with the chest voice.»

Plus près de nous, il y eu la technique dite moderne du belcanto appelée par certains Belcanto Pertiliano. On sait ependant que Pertile était souvent critiqué pour le manque de beauté de sa voix et d’écarts de conduite dans la ligne de chant – en exagérant les larmoiements  encore plus que ne le faisait Gigli. Pourquoi Toscanini ne ne remettait pas sur les tracs lui qui le considérait comme son ténor préféré bien qu’Il avait une voix rugeuse et désuète? Pour le comprendre il faut écouter minutieusement Pertile dans ses prestations sur disques acoustiques et électriques. Son chant est rempli de fantaisies, de passion, d’abandon. On constate un contrôle absolu de la voix. Sa technique est solide comme le roc de Gibraltar. Il n’est jamais, mais jamais dans les câbles. On remarque une sécurité extrême autant dans le répertoire Bellini, Donizetti, Puccini et Wagner.

Peut importe si on doit l’expression belcanto à Caccini, Garaudé ou Pertile. On parle tout simplement de bel canto, schöne gesang, beau chant.

L’Âge d’or du New York Metropolitan Opera

Maria Barrientos
Maria Barrientos via Wikipedia

Le premier Âge d’or de l’opéra du New York Metropolitan, selon les archives du Met , débuta en 1890 pour se terminer en 1908 même si certains prétendent prolonger cette période jusqu’en 1920. Cepenndant, si vous regardez la distribution des artistes jusqu’en 1924, on peut prétendre qu’ils n’ont pas tout à fait tort.

La liste suivante, des artistes maison qui ont chanté sur une base annuelle pendant cette période, à de quoi faire rêver tout directeur d’opéra peu importe où elle se situe.

Soprani

Frances Alda
Maria Barrientos
Lucrezia Bori
Emmy Destinn (chanta la première mondiale de Minnie de la Fianciulla del West)
Florence Easton (chanta Lauretta dans la première mondiale de Gianni Schiscchi)
Geraldine Farrar
Amelita Galli-Curci
Maria Jeritza (première américaine de Turandot, née en République Tchèque en 1887)
Claudio Muzio (première mondiale de Giorgetta dans Il Tabarro de Puccini)
Rosa Ponselle
Elizabeth Rethberg
Autres chanteurs non listés

Mezzi/Contralti

Gabriella Bezanzoni
Karin Brandzell
Julia Claussen
Jeanne Gordon
Margerete Matzzenauer
Marion Telva
Autres chanteurs non listés

Tenori

Paul Althouse
Enrico Caruso
Miguel Fleta
Beniamino Gigli
Edward Jonhson
Giacomo Lauri-Volpi
Hipolito Lazaro
Giovanni Martinelli
Aureliano Pertile
Ranato Zanelli
Autres chanteurs non listés

Basses/Baritons

Pasquale Amato
Fedor Chaliapine
Giuseppe Danise
Giuseppe De Lucca
Andrés De Segurola
Adamo Didur
Marcel Journet
José Mardones
Léon Rothier
Titta Ruffo
Antonio Scotti
Lawrence Tibbett
Autres chanteurs non listés

Sans oublier d’autres légendes qui ont chanté au Met pendant ces cinq années tels que Frieda Hempel, Louise Homer et Riccardo Stracciari.

Il n’y a pas l’ombre d’un doute que cette liste des artistes réunit des talents qui sont plus grands que la somme de tous ceux qui ont contribué au succès du Met dans toute son histoire.

La technique authentique du bel canto

Giovanni Battista Rubini
Giovanni Battista Rubini

Beniamino Gigli se demandait en 1957, dans ses mémoires,  si le bel canto allait survivre après sa mort. Il écrivait ceci:

«Bellini et Donizetti avaient écrit des opéras. Ces opéras étaient chantés. Les chanteurs de cette époque étaient capables de les chanter. Les interprètes de Donizetti étaient Duprez, Rubini, Lablache, Persiani, Grisi et Pasta. Aujourd’hui, la plupart des chanteurs ne peuvent pas les chanter. C’est le déclin».

Selon les musiciens, il y deux façons de vérifier la technique:

  1. Jeter un coup d’oeil sur la partition musicale
  2. Comparer les grands d’aujourd’hui avec ceux du passé

Pour vérifier si les constats de Gigli sont fondés, on peut si on est chanceux,  se procurer le disque Nimbus intitulé «The Golden Age of Singing (1900-19100» et écouter la piste numéro 6, «Fuggiam gli ardori inospiti» avec Celestina Boninsegna et Giovanni Valls. Aucun des deux chanteurs  n’éprouve la moindre difficulté d’ interpréter la partition.

Pensons un seul instant comment était la technique du contrôle de la respiration pour les chanteurs de Donizetti que fait référence Gigli. Voici les rôles qu’ils ont crées.

Un peu plus près de nous, apprécier la technique authentique du bel canto écoutant le parangon Carlo Bergonzi sur l’enregistrement de 1965 label RCA pour comprendre la TECHNIQUE. Écoutez également Bergonzi  dans la grande maîtrise de son art à l’âge de 63 ans sur le label Capriccio en 1987. Tentez de trouver aujourd’hui un chanteur avec un tel furberia est devenu impossible.

Faites un quiz pas trop difficile et amusant avec vos amis pour comparer les chanteurs du passé avec ceux d’aujourd’hui. Je vous propose trois essais mais vous pouvez en ajouter d’autres à votre guise si vous amis sont des inconditionnels de l’opéra italien.

  • Chénier, l’aria «Improvviso»: écoutez Carreras d’abord, puis Gigli chanter
  • Arlequin,  «O Colombina», écoutez Pavarotti, ensuite puis Schipa chanter
  • Radames, «Celeste Aida», écoutez Domingo, puis Caruso chanter.

Quelles sont vos conclusions? Les réflexions de Gigli étaient-elles fondées?

Je vous propose un grand:  Giuseppe Anselmi dans «di pescadore ignobili».

Les grandes voix d’aujourd’hui et de demain

Enrico Caruso
Enrico Caruso

L’art du bel canto survivra-t-il?

Même au cours du Second Âge d’Or plusieurs représentants des médias se posaient la question.

Arhur Silber écriavait: «Sur tout ce qu’on dit de l’Âge d’Or des années 1960, il faut dire que les choses ont beaucoup changées depuis les début des années 1900. La technique de Crespin a durée environ 10 ans, Rysanek connu de nombreux problèmes vocaux, Corelli avait une technique évasive par moments, Bergonzi connut beaucoup de problèmes lors de représentations, Callas connut de nombreux problèmes vocaux, …».

Est-ce qu’aujourd’hui les belles voix se font rares?

Selon Peter G. Davis, critique musical du New York Magazine, «Les grandes voix ne sont pas potentiellement rares mais les conditions dans lesquelles évolue le monde la musique  ne contribuent aucunement à leur développement».

La question que je me pose est: «Est-ce possible de devenir un grand artiste du bel canto dans un monde où il n’y a plus de silence peu importe l’endroit où on va? Nos villes sont tellement polluées par le bruit, les gens sont si stressés, il faut croire qu’ils préfèrent écouter du bruit qu’ils appellent de la musique».

On peut faire des constats:

  • Le chant d’aujourd’hui n’est plus ce qu’il était. La technique n’est pas trop importante pour les managers et producteurs.
  • La stratégie du PR en marketing fait paraître le chanteur plus grand que nature. Autrefois les chanteurs n’avaient pas d’agent de marketing. Ils n’avaient rien d’autre que leur auditoire et les autres chanteurs de la distribution qui portaient un jugement de valeur sur la prestation de l’artiste. Des ténors tels que Alexandro Bonci, Pasquale Brignoli, Italo Campanini, Julian Gayarré, Jean De Reské, Angelo Masini, Ernest Nicolini, Francesco Tamagno et de nombreux autres savaient que Enrico Caruso était le plus grand. Pavarotti avait quelqu’un que Caruso n’avait pas: Herbert Breslin.
  • La technologie du cd nous laisse croire que la voix est correcte même si la projection vocale n’est pas su rendez-vous. On se demande souvent pourquoi la voix n’est la même dans la salle de concert.
  • Quel sera l’impact sur les chanteurs des retransmissions mondiales  LIVE MET HD ou en différé de l’opéra dans les salles de cinéma? L’acteur sera-t-il plus important que les chanteur? Un beau chanteur sera-ils avantagé au détriment d’un autre plus talentueux?

Le bel canto est-il un art exclusivement italien?

Mattia Batistini
Mattia Batistini

L’idée que l’on se fait que le  bel canto est exclusivement italien provient du fait que l’Italie a su développer dans son histoire de grands artistes.

  • Mattia Batistini reconnu pour une maîtrise hors du commun du contrôle de l’émission, pour ses voyelles, son legato et la douceur de sa voix.
  • Fernando de Lucia par ses sfumature, sa grande étendue vocale, son calme légendaire, ses longues phrases comme il le démontre du célèbre aria «Un di felice» dans la Travaita de Verdi.
  • Alexandro Bonci
  • Giuseppe Anselmi doté d’un répertoire très étendu comme il le démontre dans l’aria célèbre «Cuando le sere al placido» en 1907 ou «Pescare ignobile» où on a l’impression que la tradition du bel canto n’a pas d’âge.

L’art du bel canto ne peut être exclusivement italien. Il existe de nombreux exemples de chanteurs allemands ou d’autres nationalisés tels que les heldentenors qui se sont illustrés et qui ont laissé un héritage inégalé dans certains ouvres.

  • Laurizt Melchior interprète Othello de Verdi comme nul autre avec un arc-en-ciel de couleurs infinies
  • Leo Slezak  a su faire pâlir les plus grandes voix comme il le démontre dans sa prestation lors de  l’enregistrement de l’aria «Magishe Töne» en 1905 avec un mezza voce d’une beauté absolue.

Comme on le constate, les grandes voix ne sont pas l’apanage d’une nation en particulier mais plutôt d’artistes qui ont su développer leur instrument souvent avec l’aide d’experts pour les guider.

Définition du bel canto

Miguel Fleta, Spanish tenor
Miguel Fleta

Selon Leonardo Ciampa, la technique du bel canto consiste à intégrer l’ensemble des attributs suivants:

  1. Les voyelles européennes qui comprennent celles en français, en italien, en espagnol et la plupart de celles en allemand qui sont les cinq voyelles classiques plus : (1)  le «o» ouvert comme dans coeur ou können,  (2) le «o» fermé comme dans fleur ou schön, (3) le «u» fermé comme dans salut ou über
  2. Le legato ou l’art de lier les voyelles
  3. L’absence de pression indue lourde («pushing»)
  4. La dynamique des nuances ou sfumatura (messa di voce, crescendo, diminuendo, pianissimo). Miguel Fleta et Edmond Clément étaient des grands maîtres des diminuendi.
  5. Idéalement, j’aimerais ajouter l’agilité (une facilité raisonnable dans le coloratura et le «scalework» pour toutes les voix dramatiques et lyriques

Celui que je mets en tête de liste est nul autre que Lauritz Melchior. Melchior didn’t just sing; he shaded. Son aria «dio mi potevi» dans Othello, interprété en allemand en 1930, est un véritable arc-en-ciel  de couleurs.